2012, des programmes construits en bottum-up ?

Nous sommes début janvier, et force est de constater que nous devenons impatients en termes de propositions concrètes pour 2012. Si l’on me demandait aujourd’hui d’énoncer une proposition forte par candidat, je me retrouverais bien dans l’embarras…

N’est-ce pas trop tôt pour s’attendre à des propositions concrètes ?

Des axes thématiques, nous en avons, cela pourrait tout à faire nous suffire à l’heure d’aujourd’hui. Par exemple, François HOLLANDE s’est décidé à développer comme axe majeur de sa campagne, le thème de la jeunesse. En outre, François BAYROU a imposé la thématique du protectionnisme dans les débats actuels. Malgré tout, ces axes restent trop macro dans les débats pour nous rassasier. Peut-être est-ce la période qui veut cela… mais jusqu’à quand ? LeMonde.fr présentait dès novembre dernier les propositions de François HOLLANDE sur le thème de la jeunesse. Mais pour l’heure, aucune proposition concrète n’a percé ou été mise en avant de manière forte par un candidat (les 60 000 postes de François HOLLANDE ayant fini en un brouhaha politique).

N’est-ce pas l’effet « primaire socialiste » ?

Si ce besoin de voir éclore des propositions claires, séduisantes, et proches de nos idées s’est construit, c’est qu’il y a une raison. L’effet de la primaire socialiste a dû y participer en jouant dans notre inconscient. Les débats télévisés, très suivis, ont intéressé les gens. Des idées non abordées durant le quinquennat ont été débattues : réduction du pourcentage de notre électricité de source nucléaire, règle d’or, transparence de la vie publique, prix citoyens dans les supermarchés, etc. Mais depuis, que s’est-il passé ? Je dirais qu’il s’agissait plus d’une bataille de personnes (et d’attaques personnelles) que d’idées.

Au niveau du contenu, une chose est sûre, les différents partis politiques ne pourront se résoudre à ce que 2012 soit un référendum antisarkoziste.

Cette situation, il est d’autant plus dommageable de la constater alors que le pays regorge d’idées.

Des organisations à l’heure du lobbying

Le fait est, depuis septembre 2011 des organisations tentent de se rendre visible aux yeux des candidats, afin que leur thème de prédilection soit un enjeu de la future présidentielle. Ainsi, les candidats se sont fait interpeller par bon nombre de structures :

  • par la très discrète Association Française des Entreprises Privées, qui aurait envoyée ses propositions le 15 novembre dernier (Article dans Les Echos et le Figaro disponibles) ;
  • par la ligue ROC et son président Hubert REEVES sur le sujet de la biodiversité ;
  • par Transparence International France sur la lutte contre la corruption (via leurs 7 recommandations) ;
  • par Ingénieurs Et Scientifiques de France sur la réindustrialisation de la France (via leurs 40 propositions) ;
  • par Attac sur les questions économiques et financières (via leurs quatre thématiques) ;
  • et tant d’autres qui ont rendu public leurs questions et propositions…

Un sujet intéressant serait d’ailleurs d’analyser les réponses de l’actuel président, aux questions qui lui ont été posées en 2007 par les organisations qui ont tenté d’effectuer un lobbying similaire.

Mais au-delà de ces structures (associations, collectifs, regroupements d’intérêts, ou autres), le citoyen lui-même souhaite voir émerger des questions qui lui tiennent à cœur.

Le citoyen en tant que force de propositions

Depuis décembre 2011, une initiative est née sur le net à travers la volonté de 3 personnes. Elle vise à proposer à quiconque qui dispose d’une connexion internet d’émettre des propositions pour les présidentiables. Les créateurs de ce site ont pour but d’interpeller les candidats déclarés, à travers les 30 propositions qui auront recueillies le plus de voix. Le site prévu à cet effet, www.mon2012.fr, se veut politiquement indépendant et contient déjà une centaine de propositions. Pour l’instant il y a eu peu d’engouement, mais au fil du temps celui-ci pourrait très vite se remplir…

Image à la une de allessandropinna (cc by-nc-sa). Image de jonk (cc by-nc-nd). Source pour l’initiative de 3 personnes.

Publié par

c_farrugia

Passionné par tout ce qu'Internet peut apporter aux institutions publiques et citoyens. Consultant secteur public chez @LeckoFR.

5 réflexions au sujet de « 2012, des programmes construits en bottum-up ? »

  1. Bonsoir Clément,
    J’espère que tu vas bien.

    Je viens de lire ton article et suis en partie d’accord sur ton raisonnement.
    En effet, je partage également ton constat en ce qui concerne le fait que la plupart des candidats à la présidentielle 2012 manquent de propositions fortes et bien définies.
    Cela dit, ne serait-ce pas du également aux techniques de comm, notamment le fait que les médias ont déjà décidé de présenter ces élections comme un duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande ?
    Ce que je veux dire par là est qu’effectivement, les candidats les plus visibles font dans le cafouillage et les galipettes, mais je me suis intéressé de plus près à d’autres candidats car je ne soutiens personnellement ni l’un ni l’autre.
    Par exemple, concernant les primaires socialistes, j’ai trouvé qu’Arnaud Montebourg avait un raisonnement précis quand à son concept de Démondialisation (terme fourre-tout et maladroit je te l’accorde, mais simple pour définir une sorte de protectionnisme raisonnable.)
    En lisant son « Votez la Démondialisation, j’ai découvert des propositions claires concernant des réformes fiscales plus justes, une perspective de production beaucoup plus « écolo-consciente », une réindustrialisation et relocalisation, une régulation du libéralisme sauvage qui détruit l’économie européenne.

    Il y a par exemple un présidentiable dont j’ai également lu les projets à travers le fameux « Qu’ils s’en aillent tous » ou « L’Humain d’abord » qui est le programme de son parti, qui me parait être clair dans ses propositions.
    Jean-Luc Mélenchon parle d’augmenter le smic à 1700e brut, parce que sans pouvoir d’achat on ne consomme pas, et si on ne consomme pas, il n’y a pas de croissance, il parle de sortir des traités liberticides comme le traité de Lisbonne qui nous empêche tout changement, taxer le capital et réformer la fiscalité des grosses entreprises, type les boites du CAC40 qui paient moins d’impôts que les PME, pour supprimer ces cadeaux fiscaux complètement immoraux, et rétablir une fiscalité proportionnelle au revenu, ce qui me parait être la moindre des choses. Egalement, permettre à l’Etat de mieux contrôler les banques et biensur définitivement séparer banques d’affaire de banque de dépôt. Plus de transparence en ce qui concerne l’Etat, plus de referendum et de participatif, réécrire la constitution, que dans les entreprises, il ne puisse pas y avoir un patron qui gagne 20 fois ce que l’ouvrier gagne, une meilleure redistribution, revoir le rôle de la BCE afin qu’elle puisse prêter directement aux pays de l’UE sans passer par des taux d’intérêts faramineux etc..

    Bref, le problème étant que ces élections sont pour l’opinion public influencé, une question de vote utile et pas de vote de conviction. Donc les gens qui vont voter François Hollande pour la plupart vont le faire pour voter contre Sarkozy, parce qu’on leur explique qui est le seul qui représente l’opposition. Sans se rendre compte que ce chevalier blanc n’est pas très loin de son rival.
    Aussi, en ce moment il s’agit plus de drague électorale que de réelles prises de position convaincues, les « principaux candidats », les « candidats du vote utile », n’ont pas de positions claires.
    Nicolas Sarkozy tend la main aux électeurs FN, Hollande aux centristes et sociaux-démocrates, se comportant comme des girouettes, des commerciaux.

    Donc face à la récession nationale qui arrive, tout ce vacarme économico/socialo/diplomatique incessant de contexte de crise internationale, et tous les scandales médiatiques, les électeurs sont résignés, ne font plus confiance aux politiques, ne savent pas où ils vont, et en plus de ça, ne se reconnaissent pas dans ces discours changeants, qui pour la plupart, ne prennent pas en compte les réalités concrètes qui concernent la majorité du peuple. Les deux principaux adversaires, au delà de leurs logos, se ressemblent beaucoup trop pour pouvoir vraiment espérer de réels changements.

    Le risque est d’ailleurs l’abstention, il ne faudrait pas qu’à cause de tout ça, il nous arrive le même scénario qu’en Espagne ou la droite conservatrice est élue avec des propositions pourries mais avec 50% d’abstention de vote..

    Je pense que le temps est au changement, et qu’il faut avoir le courage de l’envisager.

  2. Bonsoir Esteban,
    Nous sommes sur la même longueur d’onde, ton exemple de Montebourg montre bien qu’au moment des primaires le débat de fonds était plus riche !

    Par contre je ne suis pas d’accord, si les « candidats du vote utile » sont en période de drague comme tu le sous-entends, ils pourraient très bien le faire avec des propositions concrètes !

    Enfin, ta conclusion sur l’Espagne a failli être la conclusion de mon article ! Mais je me la suis gardée pour un autre article, car cette situation pourrait bien devenir réalité ^^ !

  3. Je me permet un commentaire sans avoir lu tout l’article (bouh, pas bien…):

    Au delà du problème du « bottom up », ce qui me frappe le plus ce sont les filtres qui existent toujours dans la communication « top down ».

    En effet, normalement, un parti (ou un candidat) travaille sur des propositions qu’il présente publiquement. Ce travail a été fait par de nombreux partis (ou personnalités) et des programmes sont disponibles sur leurs sites web, voire en librairie depuis plusieurs semaines. Après, le plus dur c’est que ces propositions soient visibles auprès du plus grand monde, et ce jusqu’à la date de l’élection. (d’autant plus dur quand la course à l’information fait que le temps d’attention du public se limite en gros à une journée, les infos se suivant les unes après les autres à un rythme hyper rapide).

    Voilà ce qui oblige les candidats à « maintenir le buzz » en créant l’événement (les médias relaient ce qui sort du commun, ce qui choque, ce qui peut être relayé facilement sans analyse). Les propositions économiques, sur le logement, etc. qui nécessitent une argumentation plus longue que « y a qu’à, faut qu’on » sont donc complétement noyées dans la valse des petites phrases et des analyses superficielles (des émissions comme le petit journal jouent dessus).

    Les médias sont d’ailleurs suffisamment intelligents (et nombrilistes) pour se rendre compte que les élections ne sont plus des débats, mais surtout des « courses de popularité » où il faut « tenir sur la durée ». Elles sont donc commentées comme des événements sportifs: « qui va gagner? qui est en tête? Untel va-t-il remonter dans les sondages? Tel événement va-t-il faire monter l’un ou l’autre? Telle gaffe est elle insurmontable? Comment untel a réagi à l’attaque d’un autre? Qui saura exploiter telle ou telle catastrophe? »

    Au final, le travail de fond ne passe pas ce filtre médiatique et n’arrive pas à sa cible (les citoyens). Avec le web, on pourrait espérer que les infos soient relayées plus facilement, directement par les gens (en contournant ce filtre médiatique). Malheureusement:
    1- Pour être relayée, une information doit déjà avoir touché un certain nombre de gens, le relais sur le web est donc souvent l’écho d’un moussage médiatique (ex: la récente effervescence autour de la nouvelle offre de Free)
    2- Les médias sociaux, principaux relais aujourd’hui, sont plus adaptés (dans leur forme et leur rythme) aux infos courtes => on retrouve le même problème: pour être visible il faut être percutant)
    3 – S’exprimer publiquement sur des sujets sensibles comme la politique, cela veut dire prendre des risques pour sa réputation en ligne vis à vis d’employeurs potentiels, mais aussi vis à vis de ses « proches ».

    Finalement, le numérique, en transformant les citoyens en médias individuels, ne fait que reproduire le problème des médias eux mêmes: plaire à une large audience pour qu’elle vous écoute, être percutant, être en rapport avec l’actualité, etc.

    On sait pourtant que les échanges avec les « proches » influent beaucoup sur les opinions politiques et les choix électoraux des gens. On pourrait donc conclure que le numérique peut être, pour beaucoup de gens, un frein à la liberté d’expression et au débat public…

    Heureusement, le web a aussi des espaces plus lents et moins exposés (tels que ce blog) qui permettent une expression plus approfondie avec plus de recul. Et surtout, heureusement, les gens peuvent encore se parler de ces sujets quand ils en trouvent le temps. Et si, finalement, le vrai problème était que les gens n’ont plus le temps d’être citoyens, trop occupés à travailler, consommer, se divertir et suivre (même si cela est impossible) l’actualité?

  4. Bonsoir Yacine, merci pour ces arguments et pour nous partager ton analyse des choses. Tu abordes pas mal de notions, et cela est très intéressant. Je me permets de revenir sur certains points :

    • Concernant le relai du web pour passer le « filtre médiatique » :
    • Aujourd’hui même Guillaume CHAMPEAU (gérant de la société qui édite http://www.numerama.com) a tweeté avec ironie : « 550 reweets. 0 reprise dans la presse. Les tweetos — comprendre, les personnes sur twitter — s’intéressent vraiment à des choses sans intérêt » au sujet d’un des articles de numerama.com sur les opérateurs télécoms. Cet exemple montre que malgré un écho favorable sur le web, ce contournement n’est pas si facile et je te rejoins sur le fait que seules les « pépites du net », à savoir les immenses buzz, ne passent le tamis des médias écrits et audiovisuels.
    • Concernant les médias sociaux et leur dimension courte :
    • Je ne suis pas d’accord avec toi, il ne faut pas confondre le contenu même d’une information et le moyen utilisé pour la relayer. Twitter et Facebook peuvent paraître au premier abord dans leurs rythmes et leurs formes adaptés aux informations courtes. Néanmoins, les datavisualisations, les articles de presse, les vidéos explicites peuvent toujours être insérés en tant que lien à travers ces outils… Le travail de fond doit se concentrer dans ces items là !
    • En outre, Facebook autorise 63 206 signes, ce qui n’est pas très court tu l’avoueras… mais le rendu pour la lecture ne s’y prête pas tellement, je te l’accorde.
    • Concernant l’e-réputation qui nuirait au débat :
    • Pour moi, il faut voir le problème sous un autre angle. Il n’y a un risque d’exposition que lorsque les personnes en face de toi se sentent concernées par tes propos. Ce n’est pas toi, en tant qu’individu, qui doit freiner tes idées, engagements, ou actions. C’est aux personnes que cela intéresse (par accord ou désaccord) de choisir ou non de le prendre en compte dans leurs jugements, regards, ou prises de décisions. Il peut donc y avoir un débat, une confrontation d’idées, un enrichissement mutuel par la discussion sans une intégration des avis dans la sphère cognitive de la personne qui lit tes propos. Mes amis me trouveront-ils demain plus bizarre à employer des rythmes ternaires dans mes phrases (à l’instar des phrases précédentes ^^) ? Oui, s’ils accordent une importance à cela. Dans ce cas, le numérique n’aura qu’accéléré leur vision de moi à ce sujet. Mais le numérique n’aura rien apporté de plus qu’une description d’un phénomène déjà existant. L’importance se résume vraiment dans le fait qu’ils se sentent concernés par cela. Un débat sur le web peut donc très bien représenter un espace d’échange que tu aurais pu avoir avec lui dix jours plus tard au coin du feu. L’important est de savoir s’il souhaite t’écouter !

    Au sujet de ta conclusion, voici mon avis. Ce n’est pas parce que les gens sont occupés à autre chose qu’ils ne peuvent pas s’intéresser aux questions de société. Le problème se situe plus dans la vulgarisation des thématiques (et donc dans une facilitation de l’intérêt qu’on y porte) que dans le temps à y accorder. Combien de fois les JT nationaux ne rappellent jamais les contextes dans lesquels se positionnent leurs sujets ? Faire un simple rappel des faits pendant 45 secondes permet d’apporter une vraie valeur ajoutée à l’information qu’ils souhaitent diffuser par la suite ! Mais grâce à l’open data, aux datavisualisations, aux initiatives populaires, etc. je suis sûr que de grands pas seront faits dans les années à venir pour éduquer aider le citoyen à mieux comprendre les enjeux du monde dans lequel il vit !

  5. Permettre la tenue de véritables débats entre citoyens est tout un art. Cela fait de nombreuses années que je travaille sur le sujet et nous prétendons aujourd’hui avoir modélisé un outil permettant de réaliser ce miracle. Nous commençons tout juste « l’évangélisation ». Si ce sujet résonne pour vous, jetez un oeil au concept, il vaut le détour :
    http://www.youtube.com/watch?v=i_T8pbAmuhg       pour une petite vidéo qui définie l’objet
    http://www.teragora.com/teragora_project.php   pour comprendre les clés du concept

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