La mutation du fact-checking en France depuis les présidentielles 2012

Il y a une douzaine de jours, le président de la république a honoré l’une de ses promesses de campagne : une conférence de presse semestrielle pour rendre compte de son action. Quelle aubaine pour les fact-checkers ! Mais depuis leur explosion lors de la dernière campagne présidentielle, que s’est-il passé ?

Tout d’abord, dans la bataille que peuvent mener les journalistes dans la vérification des faits, force est de constater que certains ont posé un pied à terre :

  • le plus connu d’entre eux, le « Véritomètre » lancé par Owni et iTélé, a cessé de fonctionner ;
  • le suivi des promesses de M. Hollande initié par LeMonde.fr sur une page Facebook a semble-t-il été abandonné ;
  • le dernier article de la rubrique « Contrôle technique » de Rue89 date de mai 2012 ;
  • et celui des « Pinocchios » du Nouvel Obs de juin 2012…
    Figure 1 - Feu la page Facebook du Monde Politique consacrée au suivi des promesses du président
Figure 1 – Feu la page Facebook du Monde Politique consacrée au suivi des promesses du président

 

Pour autant, cela veut-il dire qu’il n’y a plus de sites spécialisés en fact-checking ?

Bien sûr que non, les piliers (présents avant la présidentielle 2012) que sont « Désintox » de Libération (lancé en septembre 2009) et « Les décodeurs » du Monde (lancé en novembre 2009) existent encore à côté de quelques médias, dont le JDD. Par contre nous assistons à un déplacement des dispositifs au sein du monde de la TV et de la radio, comme le soulignent les nouvelles grilles de septembre : création d’une chronique fact-checking dans l’émission 28 minutes d’Arte ; l’émission Le vrai du faux de France Info passe d’un rythme hebdomadaire à quotidien ; la matinale d’Europe 1 y consacre dorénavant quelques minutes tous les jours grâce à la rubrique Le vai-faux de l’info ; etc.

 

Un phénomène qui dépasse largement la sphère médiatique

Malgré ce déplacement dans la sphère audiovisuelle, le phénomène n’est pas réservé aux seuls journalistes. Ainsi, on voit émerger des citoyens qui s’impliquent pour vérifier ce qu’ils entendent, lisent ou reçoivent comme information. C’est le cas des créateurs du site BilanDuChangement.fr. Respectant les codes de l’activité : « vérifier sans juger », leur pratique est similaire à celle de 3 étudiants bénévoles qui exercent derrière la bannière LuiPresident.fr.

Enfin, le phénomène a également été intégré au sein des partis politiques. J’en veux pour preuve la rubrique « Désintox » sur le site du parti socialiste, ou le site « Observatoire des Mensonges de la Gauche » lancé par Benjamin Lancar.

Cette émergence est d’ailleurs favorisée par les nombreux rapports, documents et vidéos présents sur le web. Les réseaux sociaux sont également une base solide pour favoriser l’émulation et la participation au sein d’un journalisme de plus en plus participatif.

Figure 2 – Bilan au 21/11/12 des propositions de campagne et de mandat de #FH2012 selon BilanDuChangement.fr
Figure 2 – Bilan au 21/11/12 des propositions de campagne et de mandat de #FH2012 selon BilanDuChangement.fr

 

Le fact-checking fait-il peur aux équipes web des partis ?

Cette utilisation des réseaux sociaux pour vérifier des faits, représente d’ailleurs un symbole des présidentielles françaises de 2012. Chaque camp s’appuyant sur sa base militante (ou de supporters ?) pour faire passer des messages, railler un concurrent, mais aussi vérifier les arguments avancés par un candidat. On se souvient des « Riposte Party » élaborées par le PS lors des débats TV et émissions politiques comme « Des paroles et des actes ». Celles-ci permettaient de montrer ses muscles sur le web, tout en rétablissant la vérité sur la parole politique, souvent approximative ou fausse.

Mais quand vous êtes un petit parti, comment s’organise la vérification ? Quand vous êtes responsable web d’une campagne, comment gérez-vous la coordination avec la cellule de communication ? Le 04 décembre 2012, à l’occasion de la sortie de notre étude « Présidentielles 2012 : le web au coeur de l’influence et de la mobilisation », nous reviendrons sur ce phénomène avec les responsables web des différents candidats français. Plus d’informations et inscriptions…

Pour aller plus loin : [1] « Présidentielles 2012 : le web au coeur de l’influence et de la mobilisation » Etude Lecko disponible en avant-première sur notre communauté (lien) [2] « Fact-checking » : fondement du journalisme ou miroir aux alouettes ? Émission « Le Secret des sources » du 10/11/12 sur France Culture (lien)

Image à la une de sarcasmo (cc by-nc-sa 2.0). Article paru le 26/11/12 dans le blog des consultants Lecko.

Publié par

c_farrugia

Passionné par tout ce qu'Internet peut apporter aux institutions publiques et citoyens. Consultant secteur public chez @LeckoFR.

Laisser votre commentaire !