GAFA

Les GAFA, une source d’inspiration pour les services publics numériques

Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dominent le secteur numérique grâce à certaines caractéristiques communes. Pour envisager les services publics numériques de demain, l’État français s’en inspire largement.

Favoriser l’expérience utilisateur du plus grand nombre

La première source d’inspiration des GAFA est l’utilisateur. Comme le rappelle l’étude de Fabernovel, ces sociétés ont redéfini le concept de client [1]. Leur but est de se rendre indispensables au plus grand nombre d’utilisateurs, qu’il s’agisse ou non de clients. Pour cela, elles créent des services faciles d’utilisation, dotés d’une réelle valeur ajoutée. Un des exemples réside dans la connexion possible à des services tiers, via l’intermédiaire de son compte Facebook ou Google.

Se connecter via Facebook ou Google
Se connecter à Hootsuite via Facebook ou Google

De manière similaire, l’État français peaufine son « France connect ». Son objectif ? Permettre aux internautes de se connecter sur les différents sites web de l’administration (Ex. : CAF, centre des impôts, Assurance Maladie, etc.) sans avoir à créer plusieurs comptes. En outre, le second objectif est de devenir un maillon essentiel dans toutes les relations citoyennes, aussi bien au niveau national qu’au niveau local. Pour concrétiser cette diffusion, les éditeurs de logiciels d’e-administration devront incorporer cette fonctionnalité… et les collectivités la réclamer !

Devenir une plate-forme pour favoriser les échanges et créations

Au-delà des innovations techniques, les GAFA se positionnent aussi en tant que plate-forme. Tout est fait pour que des organisations puissent enrichir les créations des GAFA et créer un écosystème. A titre d’exemple, on peut citer les magasins d’applications : App Store, Android market, etc. Cet écosystème en est même devenu un critère prépondérant dans l’acte d’achat d’un téléphone portable. Qui achèterait un iPhone sans pouvoir installer une seule application ?

Cette logique structure petit à petit le système d’informations de l’État. Jacques Marzin, le DSI de l’Etat, présente son projet d’État plate-forme :

Il repose sur une architecture d’échange de données entre administrations basée sur des API ouvertes et sécurisées. (…) Des services, et des applications multicanales, pourront être développés par un écosystème varié : administration, secteur associatif, secteur privé…

L’État plateforme & identité numérique ou comment concevoir les services publics numériques autrement [3]
L’État plateforme & identité numérique ou comment concevoir les services publics numériques autrement (12/11/2014) [2]
Il s’agit ici d’un vrai changement de posture. Alors que l’État joue aujourd’hui un rôle très normatif (Ex. : production de référentiels), il se positionne de plus en plus en tant que catalyseur. Mais une des grandes difficultés sur le long terme sera d’animer l’écosystème créé. Un de ses atouts pour y arriver sans trop de frais réside dans le nombre important d’utilisateurs potentiels. Cette masse critique, que constitue la population, intéressera les sociétés privées qui pourront plus facilement trouver un modèle économique viable. Aujourd’hui c’est ce qui fait, en partie, défaut aux créateurs de services autour de l’ouverture des données publiques des collectivités.

Passer du concept au prototype

Une autre facette des GAFA réside dans leur faculté à innover. Ils explorent toutes les pistes, tous les secteurs d’activité sans se focaliser sur un seul. Ils ne rechignent pas à arrêter un produit pour en inventer un autre. Leur manière de procéder est simple, il s’agit de : tester un concept à travers un prototype ; vérifier l’atteinte d’objectifs ; avancer de manière incrémentale.

En France, le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) leur emboîte le pas. C’est ainsi que depuis quelques mois des sites en ligne fleurissent en version bêta : mes-aides.gouv.fr, mps.apientreprise.fr. Leur périmètre fonctionnel n’est pas complet. Leurs données ne sont pas exhaustives. Mais le plus important était de vérifier la bonne utilisation des nouvelles API créées.

Mes-aides : https://mes-aides.gouv.fr/

Eat your own dog food

Au final, toutes ces innovations doivent avant tout servir les agents du service public. Car il est navrant de voir de nombreux plans ambitieux autour du numérique sans rechercher des dispositifs innovants pour soi-même. Selon le fameux adage informatique « Eat your own dog food », c’est en testant soi-même qu’on améliore le service qu’on propose. Et ce n’est pas les GAFA qui me contradiront : Google Hangout a d’abord servi aux employés de la firme de Cupertino ; Amazon a offert son service Premium à ses salariés pour les motiver à apporter leur feedback ; Apple a ordonné dans les années 80 à remplacer ses machines à écrire par ses ordinateurs [3]. L’objectif sous-jacent ? Montrer qu’ils avaient foi en leurs produits. Si certains ont foi en leur service, ce sont bien les agents publics ! Alors… allons-y ! Mais ne serait-il pas mieux d’écrire sa propre histoire numérique française ? En somme, le copier-coller est-il une voie d’avenir ? Aujourd’hui en tout cas, c’est une voie de transition.

Pour aller plus loin :

Do we need an Amazon-style website for social care services?

 

[1] FABERNOVEL, GAFAnomics, October 2014

[2] Le rapport en ligne d’où est extraite la diapositive

[3] INC, Steve Jobs, the Man Who Changed Business Forever, October 1981

Image à la une de FABERNOVEL (cc by-nc-sa 2.0).

Publié par

c_farrugia

Passionné par tout ce qu'Internet peut apporter aux institutions publiques et citoyens. Consultant secteur public chez @LeckoFR.

4 réflexions au sujet de « Les GAFA, une source d’inspiration pour les services publics numériques »

  1. Ce qui est infernal est d’avoir des tonnes d’identifiants et de mots de passe à gérer, avec par ailleurs les problèmes de sécurité associés. L’état devrait s’emparer de ce sujet du SSO (Single Sign On), et fournir ce service. C’est le meilleur « tiers de confiance ».

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