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« L’image des femmes dans les médias ne peut changer… »

« L’image des femmes dans les médias ne peut changer que si les hommes le ressentent aussi comme une nécessité. Michèle REISER »

L’égalité homme/femme et sa représentation dans les médias

C’est en 2008 que Valérie LETARD, alors secrétaire d’Etat à la solidarité, a chargé Michèle REISER (membre du CSA, écrivain) de constituer une « Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias ».

Le but n’était pas de lister à la Prévert les dérapages commis par les médias, mais de donner de façon pragmatique les clefs pour changer les biais de représentation qui pouvaient exister. Afin d’atteindre ce but, la commission avait alors choisi de lister les avancées réalisées, d’analyser la persistance des stéréotypes, et surtout d’être force de propositions pour freiner le décalage de ces représentations médiatiques.  Les conclusions de ce rapport avaient alors permis « d’ouvrir les yeux » à certains médias, jusqu’à constituer un « cataclysme » pour d’autres. Du côté de la commission, leurs protagonistes furent extrêmement étonnés de « l’ignorance massivement partagée de la réalité et de la force de ces stéréotypes ».

C’est ainsi qu’un acte d’engagement, signé par 18 responsables de médias en octobre 2010, a vu le jour afin d’autoréguler les démarches. En parallèle, une mission d’observation s’est créée afin d’identifier les progrès effectués annuellement. En décembre 2011, un rapport de cette commission a alors été déposé sur le bureau de Roselyne BACHELOT, Ministre des solidarités et de la cohésion sociale.

Le but de ce rapport était de suivre les démarches entreprises par les signataires quant à la présence d’expert(e)s en leur sein. Avant de se pencher un peu plus dans les détails, il convient d’identifier ce qu’est un expert aux yeux de la commission. Il s’agit d’une personne « ayant une légitimité par rapport à la question évoquée, en raison de son métier, de son travail personnel ou de son expérience vécue, et qui est doté d’une vision analytique sur le sujet ». La vision « analytique » permettant de caractériser le traitement d’un cas avec une certaine prise de recul et non par un acteur de la situation.

Télé… télé… dis-moi qui est le plus expert ?

Afin d’étudier ces progrès réalisés, la commission a confié la réalisation d’une étude quantitative et qualitative à deux sémiologues. Ces derniers ont ainsi analysé différents corpus liés à la télévision, la radio, et la presse des magazines dits mixtes.

En ce qui concerne la télévision, l’analyse s’est en partie portée sur la place accordée aux expertes pendant les journaux télévisés. Cette analyse s’est ainsi déroulée sur une tranche de cinq soirs consécutifs lors d’une semaine de septembre 2011. Le constat est sans appel, le taux moyen de femmes présentées comme expertes est établi à16%.

Nombre d’expert(e)s dans les journaux télévisés français (Etude de cinq JT lors de cinq soirs d’une semaine de septembre 2011)

L’analyse révèle, à travers les chiffres ci-dessus du nombre d’experts présents aux JT, que TF1 est le bon élève (si l’on peut qualifier cela de « bon ») avec un taux d’expertes de 23%. Contrairement à cela, Arte est de loin le cancre des 5 chaînes étudiées avec un taux de 4% seulement d’expertes ! Au-delà du nombre à proprement parler d’experts présents dans ces JT, le rapport conclut à titre indicatif que cela représente, pour une semaine d’étude, à 7h15 de temps de parole pour les experts contre 1h15 pour les expertes.

Alors demain, chers téléspectateurs, serez-vous comme moi à vérifier cette tendance devant votre poste de télévision ?!

Demain, je veux que cela change !

Afin d’inverser la tendance, et dans la continuité de l’objectif de la commission d’être force de propositions, diverses propositions ont été émises. Celles-ci s’articule autour de deux axes : un engagement renforcé de la Commission allié à une responsabilisation des médias.

De façon pragmatique, l’engagement de la Commission, et son renforcement, se traduiront par l’organisation annuelle d’un colloque afin de se faire l’écho des constats et initiatives prises. Elle mobilisera également d’autres acteurs afin de les mobiliser sur la question : écoles de journalisme ; institutions ; et producteurs. En ce qui concerne la responsabilisation des médias, cela se traduira par la construction par la Commission d’un guide des bonnes pratiques (afin d’appuyer la sensibilisation interne et créer un soutien méthodologique) ; et par l’aide à la constitution d’un vivier d’expertes.

Malgré un besoin de coordination pouvant être réalisé par la Commission, on peut alors se demander où est la responsabilisation des médias dans ces propositions. Elle peut être trouvée dans la volonté affichée de n’être qu’une « aide » à la constitution de ce vivier. En outre, une idée (déjà enclenchée par certains médias tels Radio France, 20 Minutes, et d’autres) serait d’identifier un référent dans chaque média afin d’orchestrer les démarches.

Comme le dit Michèle REISER, « L’image des femmes dans les médias ne peut changer que si les hommes le ressentent aussi comme une nécessité. ». Cet article est là pour rejoindre sa pensée !

Image de nhanusek (cc by-nc-nd 2.0). Sources : rapport de septembre 2008 / rapport de décembre 2011 de la Commission de réflexion sur l’image des femmes dans les médias.

Publié par

c_farrugia

Passionné par tout ce qu'Internet peut apporter aux institutions publiques et citoyens. Consultant secteur public chez @LeckoFR.

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